Une idée stupide ?
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Une idée stupide ?


William, William !
Réveille-toi !

William ouvrit ses yeux pour voir Julie, la petite fille du couple qui l'avait trouvé et autorisé à rester chez eux après les événements de la morgue.

"Réveille-toi, William ! C'est Noël !"

Julie s'excita et retourna en bas, descendant les escaliers à grande vitesse.
William, lui, se réveilla doucement.

La famille l'ayant récupéré était plutôt aisée, et les lits dans lesquels ils dormaient étaient plutôt confortables.

William n'arrivait jamais à quitter son matelas à moins que l'on vienne l'en arracher.

Si Julie était aussi agitée, ce n'était pas pour la neige qui tombait dehors, mais pour la nourriture.
Pourtant, contrairement à son père, la fillette était aussi épaisse qu'une brindille. Elle tenait ça de sa mère.

Mais toute cette nourriture, William s'en fichait, car il ne pouvait s'empêcher de penser aux enfants dehors, dans la rue, dans le froid.

À cette époque, Londres contenait énormément de gamins affamés dans ses rues.
C'était un des plus grands problèmes, pensait William.

Lorsqu'on faisait partie des aristocrates, la vie était belle : les fêtes, les bals, la nourriture, la musique, et parfois les jeux illégaux.
Tout était fantastique pour la noblesse et les bourgeois.
Mais les gens plus pauvres, pensait William, étaient simplement laissés à faire le sale boulot, tandis que les riches se reposaient sur leur fauteuil. La reine faisait pourtant son possible, bien que tout le monde ne soit pas d'accord.

Les enfants étaient en plus grand nombre que les adultes, dans les rues. Ils étaient souvent abandonnés lorsqu'ils n'étaient pas désirés, malformés, ou simplement orphelins, et beaucoup devaient voler pour vivre.

L'abandon était une méthode simple et efficace, lorsqu'on ne voulait pas éduquer un enfant, mais terriblement cruelle.

William les voyait souvent, ces enfants ; seuls, dans le froid, à survivre.

"Je ne vais pas pouvoir me sortir ça de la tête de toute la journée" pensa-t-il.

Il ne pensait qu'à ça, mais Julie vint l'aider à s'arrêter, et tira sa couette, laissant William exposé au contact glacial de l'air. Il n'avait remarqué que maintenant qu'elle avait laissé la fenêtre était ouverte !

Julie descendit une nouvelle fois les escaliers. William regarda l'horloge. Huit heures.
Il descendit les escaliers à son tour. La famille était à table, prenant son petit-déjeuner, mais William n'avait curieusement pas faim.

Pourtant, d'habitude, pensa-t-il, je suis toujours affamé.

William pris une pomme, puis sortit sans même avoir mangé.
Une fois dans la rue, William fut vite distrait ; que ça soit par les magasins, par les gens, ce côté distrait ne changeait pas.

Mais il ne se laissa pas détourner de son objectif qui était de partager une journée avec ces pauvres enfants auxquels il pensait tant depuis son réveil.
Il était facile d'en trouver, malheureusement, et William ne pouvait pas tous aller leur parler en une journée.

Il essayait de trouver un groupe qui attirerait son attention.
C'était injuste pour les autres, mais s'il pouvait rendre au moins un de ces petits heureux, il le serait aussi.
Finalement, après une heure passée à fouiller Londres, un petit garçon attira son attention.

Le pauvre petit était maigre ; très maigre. Il devait avoir à peine sept ou huit ans. Les autres enfants des rues étaient pour la plupart en groupe, ou assez grands pour survivre seuls. Lui, était seul, plié sur le sol, s'agrippant à son estomac qui hurlait de faim. Il pleurait.

William s'avança dans la ruelle et s'approcha doucement de lui, tentant de ne pas l'effrayer. Il semblait avoir été sévèrement frappé, battu. En s'approchant de plus près, William tendit doucement sa main. Elle se posa doucement sur l'épaule du garçon qui fit un petit sursaut, le souffle coupé.

"Petit…" dit William de sa voix la plus douce, "Retourne-toi…"

Le petit se retourna sur William qui tourna légèrement la tête, afin d'éviter de voir le visage du petit, ensanglanté, la peau presque arrachée sur la joue gauche.

Il prit le petit par la main en le relevant. La ruelle dans laquelle il se trouvait était pleine de bâtiments abandonnés. Il mit le petit à l'abri dans celui le plus proche. Ils se trouvaient dans un endroit poussiéreux, vide.
Ils n'étaient pas loin de la Tamise, et William dit au petit de ne pas bouger. Il courut le plus vite possible jusqu'au fleuve où il trempa son mouchoir encore propre dans l'eau. Puis s'en retourna aussi vite qu'il était arrivé.

Claquant la porte, il surprit le petit. William fut soulagé de voir qu'il n'était pas parti.
Il lui nettoya le visage, révélant la plaie profonde sur sa joue.

"Laisse ça sur ta joue. Je suis désolé… c'est le mieux que je puisse faire."
"Merci…"

C'était le premier mot du garçon à William. Il lui demanda :

— Dis-moi… qu'est-ce qui t'a mis dans un état pareil ?
— Des gens…
— Qui ça ?
— Et bien… j'avais peur, tout seul, dans le froid, et je voulais me joindre à un groupe d'autres enfants, je pensais que c'était une bonne chose à faire.
— Ça l'est.
— Oui, mais… ils étaient trois. C'était des garçons, comme moi. Ils m'ont dit d'aller chercher du pain, et que si j'en ramenais assez pour nous tous, ils me laisseraient me joindre à eux.
— Et tu leur a ramené du pain ?
— J'ai volé le pain… et le vendeur m'a poursuivi, et il m'a attrapé. Il m'a frappé. Fort… Mais je me suis accroché au pain, et j'ai réussi à le garder ! Et ensuite…
— Ensuite ?
— Ensuite, quand je suis revenu pour donner le pain au groupe, ils m'ont dit que c'était bien… alors j'étais content, je leur ai donné le pain, puis ils ont volé mon morceau, et eux aussi m'ont frappé.
— Sans raison ?
— Je ne sais pas.

Il sanglotait.

— Je voulais juste avoir un groupe !
— Ce sont eux qui t'ont ouvert la joue, comme ça ?
— Je pense pas que c'était intentionnel… un des garçons avait un caillou sous sa chaussure quand il m'a donné un coup de pied…
— Intentionnel ou pas intentionnel, c'était horrible de leur part de faire ça… Dis-moi petit… tu ne cherches pas la vengeance, n'est-ce pas ?
— Non ! Non… je n'y ai jamais pensé…
— Bien ! La vengeance peut-être tentante, n'est-ce pas ? Mais une fois accomplie, on regrette souvent. On se dit qu'on vaut bien mieux que ça. Je dois t'avouer que sur le coup, c'est très satisfaisant.
— Et vous ? Vous vous êtes déjà vengé, monsieur ?

"Monsieur ?" William se leva en ricanant, regardant par la fenêtre.

— Oui, déjà.
— Pourquoi ?
— C'est un secret.
— Ah… et si je le dis à personne ?

Il se retourna vers le garçon.

— Ha ha, non plus, désolé. … Mais si je peux te rappeler une chose, petit, et essaye de bien te rentrer ça dans le crâne : ce n'est pas grave de penser à la vengeance, c'est l'accomplir qui l'est. On y a tous déjà au moins pensé, celui qui te dira le contraire est juste un beau menteur. On a tous pensé à des choses sombres, et celui qui n'y a pas pensé y pensera un jour ou l'autre. Mais je te garantis qu'aider les gens te rapportera bien plus que des coups de pieds, et qu'un jour, tout ira mieux. Il suffit d'être bon.
Et si un jour, un grandissant, tu penses aux activités illégales pour te faire de l'argent, sache que ça te rapportera autant d'argent que de soucis. En attendant, je te ramène là où je vis actuellement, je ne te laisserais pas seul ici dans l'état où tu es.

Il s'arrêta devant la porte.

"Oh, j'allais oublier, dit-il en sortant la petite pomme de sa poche, ce n'est pas grand chose, mais… joyeux Noël… hum… quel est ton nom ?"

"B- Benedict."

William remit son écharpe.

"Et bien Benedict, dit-il en lui tenant la porte, allons-y."

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