Ne m'abandonne plus

Ne m'abandonne plus

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Noël, quelle fête splendide que l'on passe avec sa famille, ses amis, tous autour d'une dinde farcie pour un réveillon joyeux. Tout le monde est heureux des semaines en avance, tout le monde est gentil, Noël est juste splendide n'est-ce pas ? Non ? Pourquoi donc ? Pourquoi ne penses-tu pas que Noël est splendide ? D'où vient cette amertume ?


Samuel soupira. Il avait insisté auprès de Nabérius pour se rendre à l'église, car à l'internat on emmenait tout le temps les enfants à l'église le 24 décembre. Mais finalement il regrettait.

Tout le faisait se sentir mal, la froideur du bâtiment, son ton impersonnel, la lumière glaciale qui filtrait au travers des vitraux, la voix solennelle et austère du prêtre, et surtout, les statues.
Leurs yeux vides et leurs visages graves lui donnaient l'impression qu'elles le jugeaient, qu'elles jugeaient ce qu'il était devenu, qu'elles s’apitoyaient sur son pacte avec le diable, qu'elles lui hurlaient que sa présence était profane, qu'il était misérable de s'être acoquiné avec le diable.

Mais ça ne devait être qu'une impression.

Samuel sortit de l'église, vaguement ébranlé, mais reprit ses esprits quand il vit Nabérius un peu plus loin sur le parvis, même beaucoup plus loin. Le petit s'approcha de lui, il ne semblait pas très à l'aise.

— Qu'est-ce qu'il t'arrive ? Lui demanda Samuel.
— Me trouver si près d'un lieu religieux ne me déplaît pas qu'un peu…

Le démon se mit à feuler et grogner en voyant s'approcher le prêtre.
Celui-ci prit les mains de Samuel entre les siennes.

— Joyeux Noël mon fils ! Puisses-tu accueillir le Christ dans ton cœur en ce jour de fête ! Et n'oublie pas que Dieu t'aime.

Samuel jeta un regard amusé à Nabérius qui fixait d'un air mauvais le chapelet du prêtre ainsi que le petit livre de psaumes qu'il tenait.

— Merci mon Père, vous de même. Répondit Samuel.

Puis le prêtre partit donner ses vœux aux autres personnes ayant assisté à la messe

— Tu n'aimes pas Noël, Nabérius ?
— Je n'aime pas son aspect religieux. Une de mes connaissances a été exorcisée un jour de Noël. Trop de foi pour moi, c'est répugnant.

Le démon eut soudain quelque chose de sombre et d'effrayant qui déplut à Samuel.

- Enfin bref ! Rentrons. S'exclama Nabérius.


Ils marchèrent côte à côte dans les rues enneigées de Londres, glissants entre les passants qui rayonnaient de joie. Samuel les observa, ces gens heureux. Des mères les bras chargés de paquets, des couples qui batifolaient, des enfants euphoriques qui jouaient ensemble…

Pourquoi n'était-il pas heureux, lui aussi ? Pourquoi… Pourquoi avait-il cette colère en lui, pourquoi la seule chose qui le tenait encore debout était cette haine, cette envie de se venger, de tuer lord Weaver… Une simple envie de vengeance l'animait et le hantait, comme si accomplir ladite vengeance allait effacer ses erreurs passées, tout arranger, le délivrer de cette colère qui l'obnubilait. Ces émotions le brûlaient, faisant perler de douces larmes sur ses joues rosies.

Nabérius observa le visage du petit se déformer, passer d'une expression douce, à une expression de douleur, puis de peine. Il réfléchit un instant puis se volatilisa soudain, sans plus de cérémonie. Samuel eut un hoquet de surprise. Jamais il ne disparaissait sans lui dire où il allait.

— Nabérius ? Nabérius ?! NABÉRIUS ! Se mit-il à hurler en le cherchant du regard.

Il tourna sur lui même pour s'assurer qu'il n'était pas derrière lui et tomba à genoux.

— REVIENS ! TU M'AS PROMIS DE NE JAMAIS PARTIR ! TU AS MENTI ! MENTEUR ! REVIENS !

Les passants s'écartaient de lui en l'observant comme s'il était un monstre. Il se recroquevilla et sanglota. Jamais il n'avait envisagé que Nabérius puisse disparaître sans raisons, et il paniqua en se demandant ce qu'il allait faire. Il savait à peine comment rentrer seul.
Comment savoir ce que Nabérius voulait qu'il fasse, rester là ? Rentrer ? Retourner à l'église ? Mais il ne savait pas comment s'y rendre… Il était perdu face à l'adversité.

Soudain, deux grands bras entourèrent ses épaules et glissèrent entre ses genoux et son ventre une petite boîte emballée. Surpris, Samuel tourna la tête vers la personne qui se trouva à côté de lui, et son visage s'illumina en découvrant qu'il s'agissait de Nabérius.

— Où étais-tu idiot ?! J'ai eu si peur !

Le démon eut un rire sardonique.

— Comme vous dites, "Joyeux Noël".

Les yeux de l'enfant s'écarquillèrent, illuminés d'une joie débordante.
Il se jeta sur le petit paquet et en arracha impatiemment le papier. Il tint alors entre ses mains une petite mallette qui renfermait des petites figurines d'animaux en porcelaine. Le petit sentit les larmes lui monter aux yeux et il se jeta au cou de Nabérius.

— Oh merci ! Merci, merci, merci ! Mais je t'en supplie, ne pars plus, j'ai eu si peur ! Sanglota-t-il.

L'homme lui rendit son étreinte mais dit dans un murmure sinistre à peine audible :

— Ne t'en fais pas, je ne partirai jamais.

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