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(Tests sans titres)

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William Weaver s’ennuyait à mourir.

Chose doublement problématique, puisqu'en plus d’être impossible physiquement pour la plupart, elle l’était particulièrement pour lui, puisqu’il ne pouvait pas mourir. À vrai dire, il n’en avait aucune idée, et n’avait pas envie de se jeter sous un camion pour essayer. En 200 ans d’existence, il avait presque tout fait, presque tout visité, bref, fait tout ce qu’un être humain pouvait faire. L’invasion extraterrestre arrivait donc à point nommé. Enfin une invasion, c’était vite dit. Récapitulons les faits :

- Le 30 juin 2017 à 15h13 un satellite américain repère un objet se dirigeant à toute vitesse vers la terre. Cet objet est identifié 16h02 comme une sorte de cylindre métallique.
- L’objet reste en orbite pendant une heure puis descend à 17h02 au centre du Pacifique. Le président est alerté à ce moment là.
- À 17h05 l’objet commence à émettre. Une seule phrase « 30/07/17. Au pied de la machine. Nous choisissons les candidats ».
- À 17h10 la machine libère un nuage de ce qui a plus tard été identifié comme des nanorobots. Ceux-ci commencent à construire quelque chose. La machine continue d’émettre.

C’était tout ce qu’on savait. Les forces armées avaient bien tenté d’envoyer des troupes là-bas, mais elles avaient été éconduit pas les nanorobots. Aucun dommage physique n’était cependant à déplorer. Tout le monde en parlait : la télé, les journaux, Internet. Seul la radio n’en parlait pas, mais toutes les ondes étaient occupées par le fameux message. Toutes, sauf les ondes d’urgence. Ce qui voulait dire qu’ils connaissaient la culture humaine. Suffisamment pour parler notre langue. Suffisamment pour éviter certaines ondes pour notre sécurité.

Le monde entier retenait son souffle en attente du 30 juillet.
Il restait une semaine quand un nouveau message arriva : Une liste de noms, 314 pour être précis. William aurait jalousé les fameux gagnants si, arrivé à la fin, il n’avait pas entendu son nom. Ce qui le stupéfiait, car il allait rencontrer des extraterrestres et il n’avait plus utilisé ce nom depuis le jour de sa mort.
À travers la multitude d’inconnus et la dizaine de célébrités - visiblement pas choisies par hasard - il avait reconnu le nom d’un vieil ami. Un très vieil ami.
Il était 23h30 et il attendait dans les rues de Londres. Revenir à son supposé lieu de mort et de renaissance avant le grand voyage lui avait semblé de bon goût. Le message précisait que le déplacement était prévu. Il arrivait près de la Tamise quand la lumière vint.

Particules. Il était particules dansantes dans la lumière. William ouvrit les yeux, mais il n’en avait plus.
Il contempla ce qui se tenait autour de lui. "Autour" étant une notion étrange étant donné qu’il n’y avait plus rien de lui. Pas de dedans. Il décida de ne pas trop y réfléchir et se laissa flotter. Il sentait le vent sur son corps alors qu’il n’en avait plus. Ce voyage était décidément étrange. Au moment où il commençait à trouver le temps long, son corps revint. Il se leva, salua l’extraterrestre et vomit tripes et boyaux sur le tapis luxueux. Après avoir effectué cette purge nécessaire, - et s’être promis qu’il resterait autant que possible aux transports traditionnels - il détailla l’extraterrestre. À vrai dire il ne ressemblait en rien à un extraterrestre. On aurait dit un humain tout ce qu’il y’a de plus normal, mais justement, il était trop normal. Il ressemblait à un stéréotype de l’humanité qu’on aurait pu trouver dans un journal galactique raciste des années 50. Mais ce n’était pas tout. Il y avait une sorte de… décalage. Comme si la partie ancienne du cerveau de William lui hurlait que cette chose n’était pas quelqu’un de son espèce. Et c’était dérangeant.

La créature sourit - un sourire tout à fait inhumain - et déclara la dernière chose que William s’attendait à entendre.
« Le dîner est servi monsieur. »
William mobilisa toute son éducation de Lord anglais pour sourire et se dirigea vers la porte.

Malgré la faïence et le sourire aimable de leur hôte, l’ambiance restait tendue. Les discussions étaient forcées et William s’était éloigné le plus possible du bout de table.
Et par le plus grand des hasards il se retrouvait à coté de Lui. Il n’avait pas pris une ride et la même impression d’ancienneté de dégageait de lui.
Il l’avait simplement salué d’un « Bonjour, William », comme si 50 ans n'étaient pas passés depuis leur dernière rencontre. De toute façon, ils avaient vécu suffisamment de choses ensemble pour se passer des formules de politesse. Au moment où William se demandait ce qu’il faisait là, leur hôte commença à parler :

« Mesdames et Messieurs… »
Un silence instantané se fit et 314 têtes se tournèrent vers lui.
Il sourit (un sourire tellement inadapté sur son visage).
« J'espère que le repas aura été agréable. » le repas aussi avait un goût inadapté.
« Mais trêve de mondanités, si je vous ai réunis ici, c’est pour une chose. » son sourire s’élargit, la chose était visiblement satisfaite de son effet de surprise.
« Nous vous étudions depuis bientôt deux-cents ans… » toute l’assemblée l’observait en silence, visiblement abasourdie.
« Nous vous proposons de nous rejoindre, d’accéder au stade supérieur… de vaincre la maladie, la vieillesse… et la mort. Nous vous proposons de devenir des dieux ! »

L’assistance était silencieuse. William était abasourdi, et son vieil ami aussi. Ils n’étaient plus seuls. Ils ne mourraient pas dans le néant. Ils auraient peut-être une famille.

Quelqu’un sortit enfin du mutisme ambiant pour poser La Question :

« Et à partir de quand ? »
La Chose sourit une fois de plus, puis elle prononça lentement les mots d’une nouvelle ère.
« Maintenant. »

Et la lumière vint.

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