Charles
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V Charles

"Euh… salut." répondit à son tour William.
"Tu m'as fait peur !"
"Ah ah ! Vraiment ? Pourtant tu es plus grand que moi !" dit-elle en affichant une grimace moqueuse. "Est-ce que tu es tout seul ?"

William s'arrêta un instant, méfiant. Il répondit finalement :
— Oui, je dors tout seul, c'est plus prudent.
— Prudent ? Moi je trouve que c'est beaucoup mieux de dormir avec d'autres gens ! Au moins on ne se sent pas seul et on peut se raconter des histoires, et-

William l'arrêta, curieux.
"Dis moi, vis-tu à la rue ?" lui demanda-t-il.
La petite affichait un visage contrarié, William comprit qu'il l'avait stoppée dans son élan d'enthousiasme.
Il voulut se faire pardonner, mais il avait encore des questions.
— Écoute… je suis désolé, je n'aurai pas dû te couper la parole, ce n'était pas gentil de ma part. Mais tu dois comprendre que c'est important. As-tu un endroit où dormir ? Si tu vis à la rue, je pourrai nous en trouver un.
— "Non, ce n'est pas la peine." répondit la fillette ayant déjà oublié ce qu'il venait de se passer. "Je vis déjà avec Charles, Molly, Sebastian et Charlotte !"
— Ça en fait du monde… mais qu'est-ce que tu fais ici si tu as une maison ?
— J'ai dit que j'habitais quelque part, mais je n'ai pas dit que c'était ma maison ! On est tous orphelins, mes amis et moi…
— Classique.
— Quoi ?
— Non, rien, continue.
— … On habite dans une petite cabane abandonnée, tout proche de la sortie de Londres. J'étais venue en ville pour trouver à manger, comme d'habitude, et puis je t'ai trouvé.

La petite qui avait prit un air sérieux et triste durant son récit se remit à sourire, puis poursuivit :
"J'ai envie de te présenter les autres, maintenant ! Allez, viens !"
"Euh… c'est pas un peu rapide ? On vient de se rencontrer…" répondit William avec une pointe d'exaspération dans la voix.
"Mais non, allez viens !" répondit à son tour la fillette en le tirant par la manche.

Se disant qu'il n'avait rien de mieux à faire, William suivit la petite Clover jusqu'à sa cabane. Durant le trajet, il ne put se retenir de poser une autre question :
— Et… qu'est-ce que vous mangez, sans argent ? Vous fouillez les poubelles ?
Clover ricana :
— Hihi, mais non, voyons ! On mange des bons plats. Je suis douée pour voler, et Charles aussi. Je récupère des fruits en général, parce que j'adore ça ! Lui il ramène de la viande, en général. Mais j'aime pas trop ça. En plus elle est déjà cuite, mais on n'a rien pour la faire chauffer, alors il mange la viande froide.
— Et vous n'avez pas peur de vous faire attraper, un jour au l'autre ?
— Non ! On est plutôt discrets, en fait !
— Ah vraiment ? La première chose que j'ai entendu avant même de te rencontrer c'est le gros bruit que tu as fait en faisant tomber un tonneau à l'autre bout de la ruelle. C'est ça pour toi, être discret ?
— C'est rare ça, ne t'en fais pas.
— Je ne suis pas vraiment convaincu…

Lorsqu'ils parvinrent finalement à la cabane, la fillette ouvrit la porte très doucement. "Ils dorment peut-être…" dit-elle. Mais à l'intérieur de la cabane, les enfants étaient encore debout.
La cabane était beaucoup plus agréable que ce à quoi s'attendait William : les trous avaient été rebouchés avec les moyens du bord, il faisait chaud, et ils s'éclairaient à la bougie.

— Vous volez aussi les bougies ? plaisanta William.
— Oui ! répondit Clover du tac au tac.

Un silence gênant commençait à s'installer, lorsque les bambins s'exclamèrent :
"Eh bien, tu ne fais pas les présentations, Clover ?"
La fillette respira un grand coup, puis répondit :
— Lui, c'est William !
— William qui ? Demanda un garçon.
— Weaver… William Weaver répondit timidement William.
— Comme le vieux qui est mort ?
— Euh… oui. Mais c'est une coïncidence.
— Forcément répondit sèchement le plus âgé des garçons.

Ce dernier se leva de sa chaise et se dirigea lentement vers William.
— Moi, c'est Charles. Mais peu importe, je voudrais que tu me dise comment tu as dupé Clover. Tu l'as convaincue de te conduire jusqu'à nous ? Tu es qui, d'abord ?
— C'est elle qui m'a trouvé, je ne vous veux rien de mal.
— Elle t'a trouvé et t'a conduit jusqu'ici. Mais oui.
— C'est vrai ! répondit Clover.
— Quoi ? Mais pourquoi ? Qu'est-ce qu'il t'a dit ? Qui est-il ?
— Peu importe qui il est ! Il était à la rue ! Je n'avais pas envie de le laisser mourir de froid. Hein, William ?
— Euh, non, tu m'as dit-
— Peu importe, je suis sûre qu'on peut lui faire confiance !

Charles s'approcha encore plus près de William et lui demanda :
— Dis-moi "William", les gens ont-ils souvent tendance à te faire confiance aussi rapidement ?
— Hum… oui, je dois avoir une tête sympa, haha.
— Eh bien pas moi. Je viens juste de te rencontrer, et ça m'est égal de savoir si tu étais à la rue ou non. Les autres ont déjà l'air de t'apprécier, mais ils sont petits et insouciants. Je veux bien t'autoriser à rester ici si tu n'as vraiment nulle part où aller, mais reste loin d'eux, ou tu auras à faire à moi. Une dernière chose, n'essaie pas de gagner ma confiance, c'est moi qui te l'accorderai. Compris ?
— Bien sûr.
— Parfait.
Charles allait retourner à sa place lorsque William continua :
— Maintenant, c'est à mon tour de parler.
— Quoi ?
— D'où venez vous, exactement ? Vous parlez trop bien anglais pour des petits à la rue. Quelqu'un vous a appris ?
L'enfant s'arrêta, l'air surpris. Il s'expliqua :
— Certes, mais nous ne savons que parler. C'est effectivement quelqu'un qui nous as appris.
— Faux, vous savez lire aussi, il y a un livre là-bas.
— C'est pour… la décoration.
— Il y a un marque page dedans.

L'enfant commençait à s'énerver ; voyant cela, les trois autres restèrent silencieux et se firent petits.
— Ce ne sont pas tes affaires !
— Non, mais je suis quelqu'un de curieux, répondit William en se précipitant sur le livre.

"Sherlock Holmes : Une étude en rouge… un roman policier ?"
L'enfant était devenu entièrement rouge dans un mélange de colère et de honte.
Il reprit le livre des mains de William. Il le reprit si fort que le frottement brûla les doigts de Will.

"Viens Clover, allons nous promener." dit William en ouvrant violemment la porte, laissant le froid rentrer. La petite suivit William sans rien dire, tout le monde avait déjà compris qu'il souhaitait lui poser des questions.

Après quelques minutes de marche en silence, il commença :
— Dis-moi, qui vous a appris à bien parler et à lire ?
— … Elles étaient deux. C'était des amies, des nobles très riches. On les aimait beaucoup.
— Aimait ?
— Emily est morte il y a quelques années.
— Et l'autre ?
— On…

La petite n'arrivait pas à sortir ses mots, sa gorge lui faisait mal tandis qu'elle parvenait tant bien que mal à retenir ses larmes.

— On a appris sa mort ce matin.
— "Oh, je… je suis désolé…" Il s'arrêta un instant pour laisser le temps à Clover de se calmer, puis il continua "Et… quel était son nom ?"
— … Elle… elle s'appelait Irène.

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