Ce jour de septembre 1888
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IV Ce jour de septembre 1888

Dear Boss,
I keep on hearing the police have caught me but they wont fix me just yet. I have laughed when they look so clever and talk about being on the right track. That joke about Leather Apron gave me real fits. I am down on whores and I shant quit ripping them till I do get buckled. Grand work the last job was. I gave the lady no time to squeal. How can they catch me now. I love my work and want to start again. You will soon hear of me with my funny little games. I saved some of the proper red stuff in a ginger beer bottle over the last job to write with but it went thick like glue and I cant use it. Red ink is fit enough I hope ha. ha. The next job I do I shall clip the ladys ears off and send to the police officers just for jolly wouldn't you. Keep this letter back till I do a bit more work, then give it out straight. My knife's so nice and sharp I want to get to work right away if I get a chance. Good Luck.
Yours truly
Jack the Ripper
Dont mind me giving the trade name
PS Wasnt good enough to post this before I got all the red ink off my hands curse it No luck yet. They say I'm a doctor now. ha ha

Will tendait l’oreille mais n’entendait rien. Juste le silence. Quelqu’un retenait son souffle.

Bruit de papier froissé. Un son lourd, comme si l’on jetait les feuilles en boule sur le sol de manière violente. Un soupir.

Will tendit un peu plus l’oreille. On entendait vraiment tout de là où il se tenait, accroupi sous la sous-pente, la tête collée entre deux lattes du plancher.

Il pouvait entendre les pas légers de Mary qui se précipitait pour servir un verre à son mari. Will serra l’exemplaire de son journal entre ses mains, ouvert à la fatidique page. Le meurtrier de Whitechapel avait envoyé une lettre, publiée dans la presse. Monsieur Rotheson avait eu la nouvelle juste avant mais n’avait pas eu le temps de lire ladite lettre.

Ce malade se moquait ouvertement de Scotland Yard. Il ridiculisait la police. Will n’osait imaginer dans quel état devait être monsieur Rotheson.

Soudain, il entendit la douce voix de Mary :

« Tu devrais te calmer…
– Me calmer ? Hurla son mari. Alors que ce malade arpente encore les rues de Londres ? Par ma faute ? Ces femmes sont mortes à cause de moi…
– Tu fais de ton mieux…
– Et ce n’est pas assez ! Rugit-il. »

Will sursauta puis frissonna. La voix de monsieur Rotheson était tremblante, fiévreuse. C’était la première fois qu’il voyait l’inspecteur dans cet état.

« Je vais me faire virer, Mary… »

Tandis que monsieur Rotheson se lamentait et que Mary essayait tant bien que mal de le réconforter tout en se demandant comment ils allaient pouvoir entretenir la maison et se nourrir sans le travail de son mari, Will se faufila, discret comme une ombre, jusqu’à la porte et sortit.

Il faisait froid en ce jour de septembre. L’air glacial lui fouetta les sangs et lui permit de remettre un peu d’ordre dans ses idées. Il enfonça son éternel béret sur son crâne et enfonça ses mains déjà gelées dans sa veste.

Il marcha un bon moment, ne sachant que faire. Il erra au hasard dans les rues de la capitale. Son ventre criait famine. Cela faisait des heures qu’il n’avait pas avalé quoi que ce soit.

Will ignorait si c’était le hasard ou le destin, mais ses pas le guidèrent inconsciemment vers la fabrique. Encore. Il chercha du regard l’homme qui lui avait raconté sa si triste vie mais il n’était pas là. Il n’y avait que quelques mendiants. Des bohémiens. Il se rappela qu’il y avait un cirque en ville. Les ouvriers étaient au travail, il n’y avait personne dans les rues hormis ces saltimbanques. Will ne se sentit pas en sécurité et tourna les talons, voulant partir.

Surgie de nulle part, une bohémienne se précipita vers lui, le sourire aux lèvres et une lueur avide dans le regard. Il la regarda avec méfiance tandis qu’elle lui parlait avec un fort accent prononcé, celui de l’Est :

« Tu sembles être un ange, toi, mon petit. Un ange tombé du ciel pour nous sauver ? »

Elle voulut lui prendre la main. Will recula. Ce n’était qu’une diseuse de bonne aventure.

« Passez votre chemin, ordonna-t-il. »

Elle recula d’un pas, lui laissant le champ libre. Il s’éloigna d’elle. Soudain, elle s’exclama :

« Vous ne voulez rien savoir sur ce William Weaver ? »

Will s’arrêta, comme paralysé. Comment avait-elle pu savoir pour son nom ? Il se retourna. La bohémienne vit qu’elle avait capté son attention et son visage s’illumina. Elle s’avança et lui prit la main. Elle regarda à l’intérieur, scrutant les lignes. Will soupira. Elle n’allait raconter que des sornettes. Soudain, ce fut comme si elle n’était plus réellement là, elle écarquilla les yeux et se mit à parler très vite :

« Le lapin blanc court mais ne rattrape pas le temps perdu. L’Envoyé du Huit s’est égaré mais la femme aux trois visages va le retrouver… Le temps est un fleuve, un torrent. Rares sont ceux qui peuvent le remonter. La tisserande tisse son fil mais le fil est cassé… »

Will ne comprenait rien à ce qu’elle disait. Pourtant, chaque mot trouvait un écho particulier en lui bien que le sens lui échappait. Il voulut lui dire d’arrêter mais sa voix était comme bloquée dans sa gorge. Soudain, une vieille main se posa sur l’épaule de la bohémienne et une voix toute aussi vieille retentit :

« Allons Sérafina. Arrête d’embêter ce garçon ! »

La bohémienne se retourna, indignée :

« Mais père… Regardez ses mains ! »

Will ne comprenait rien à ce qu’il se passait tandis qu’un monsieur dont le visage était aussi flétri qu’une vieille pomme toute ridée le « regarda ». Will baissa les yeux puis ricana :

« Comment peut-il voir ? Il est…
– Aveugle. Je suis aveugle, jeune homme. Mais je peux te voir. »

Les mains de l’aveugle prirent les siennes avec une force surprenante pour son âge et effleura les lignes au creux des paumes. Will le sentit frissonner. Le père de la bohémienne lâcha soudainement ses mains puis recula, chancelant. Il bredouilla d’une voix faible :

« Le Huit… C’est l’Envoyé ?
– Oui, père, répondit Sérafina. »

Elle le prit par les épaules pour l’aider à conserver son équilibre tandis qu’il continuait à parler :

« William Weaver…
– Mais que me voulez-vous enfin ? Et qui est l’Envoyé ? Qui est le Huit ? »

L’aveugle soupira :

« Trop tôt… Beaucoup trop tôt. Il ne se souvient de rien. Le fil est cassé. »

Will sentit la colère gronder en lui. Il ne comprenait rien. Il s’approcha d’eux et s’exclama, indigné :

« Mais expliquez-moi, bordel ! »

L’aveugle s’avança et le « regarda ». Ses yeux, laiteux, étaient vides d’expression mais Will sentit son étrange regard posé sur lui. Le vieil homme ouvrit la bouche puis lui souffla :

« Il y a une personne comme toi, ici.
– Comme moi ?
– Quelqu’un qui a aussi brisé la ligne du temps.
- Qu… Quoi ? »

Will recula, apeuré. La ligne du temps ? Ce vieux fou essayait-il de lui faire comprendre qu’il était… immortel ? Il les regarda, la bohémienne et son pauvre père.

« Des fous… »

Il tourna les talons, la peur, si familière, revenant au galop. Il courait presque, comme s’il avait le Diable à ses trousses. Il fallait qu’il rentre chez lui, qu’il retrouve la chaleur et l’impression de sécurité de son foyer.

Le vieil homme et Sérafina le regardèrent partir sans un mot.

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