Bien plus qu'un cadeau

CONTE DE NOEL : Bien plus qu'un cadeau

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Monsieur Stevenson observa d’un air dédaigneux le client qui venait d’entrer dans la boutique. Le magasin de jouets était plein à craquer de poupées, de chevaux à bascule, de peluches, de dînettes, fêtes de noël obligent. Dehors, la neige tombait à gros flocons sous une légère brise qui se transformait, avec le froid, en un coup de vent mordant. La ville était recouverte d’un épais manteau blanc et l’homme qui venait d’entrer avait sali le sol impeccablement nettoyé du magasin. La neige fondait et bientôt, une flaque d’eau se forma sous lui. Monsieur Stevenson cacha un soupir, il ne pouvait être désagréable devant un client ! Son patron, monsieur Weaver, en serait fort désappointé !

Le client était un vieil homme emmitouflé dans un manteau qui ressemblait plutôt à une vieille robe de chambre usée par le temps. Ses cheveux étaient aussi blancs que la neige et encadraient son visage de manière désordonnée, donnant l’impression à monsieur Stevenson qu’il avait à faire à un vieil excentrique un peu dingue. Cependant, il mit ses a priori de côté et demanda poliment ce qu’il voulait acheter. Mais le vieux monsieur ne semblait pas avoir arrêté son choix. Lorgnant la flaque d’eau qui ne cessait de grandir, à son grand désespoir, monsieur Stevenson s’impatienta et demanda alors d’une voix impérieuse :

« Pour qui est-ce ?
- Une petite nièce, adorable et très vive d’esprit. Il lui faudrait un jouet qui attise sa curiosité et anime son imagination… si vous voyez ce que je veux dire… »

Monsieur Stevenson haussa un sourcil d’un air sceptique puis balaya du regard le magasin. Qu’est-ce qui pourrait bien convenir ?

Parmi tous les jouets, un attira particulièrement son attention. Monsieur Stevenson ignorait si le jouet allait convenir mais le proposa tout de même. Le visage du vieil homme s’illumina lorsqu’il prit le jouet :

« Merci, c’est exactement ce qu’il me faut ! »

Il paya et s’en alla gaiement sous la neige qui tombait d’un ciel parsemé d’étoiles.


Arrivé quelques heures plus tard, en retard comme à son habitude, au domicile des parents de sa petite nièce, le vieil homme, portant le paquet sous le bras, se rua vers la porte et sonna avec insistance. La femme de la maison alla ouvrir et le salua mais le vieil homme n’en avait cure et s’engouffra à l’intérieur, laissant un tas de neige fondu sur le seuil…

Les enfants jouaient autour du grand sapin de Noël, immense et imposant. Tout de suite, les jeunes têtes blondes entourèrent le vieil homme à son entrée en chantant et en dansant.

« Allons… Du calme les enfants… Avez-vous ouvert vos cadeaux ? » Demanda-t-il alors, espérant détourner leur attention.

Les enfants s’indignèrent en chœur. Non. Aucun cadeau n’avait encore été ouvert.

« Eh bien… Qu’est-ce que vous attendez ? Allez-y ! » S’exclama le vieil homme.

Tous s’agenouillèrent devant le sapin et découvrirent leurs nouveaux jouets. Certains furent intrigués par un étonnant automate. D’autres furent étonnés par une gigantesque poupée à l’apparence flamenco.

Tandis qu’ils étaient occupés, le vieil homme en profita pour s’approcher de sa petite nièce préférée qui lisait tranquillement un livre, loin du tumulte. Il lui tendit alors, fier de lui, son cadeau. Il savait qu’il ne valait presque rien mais ce qui comptait, c’était l’histoire qu’on pouvait raconter derrière.

Lorsqu’elle découvrit son cadeau, elle fut au départ un peu déçue. Son oncle ne s’en formalisa pas pour autant et se mit à raconter d’une voix mystérieuse l’« histoire » de ce jouet :

« A l’intérieur, dit-il d’une voix chaude tout en désignant le jouet, bat le cœur d’un jeune prince transformé par le méchant et cruel roi des rats ! Seule une fée pourra le libérer… »

Les yeux de la petite fille s’agrandirent et le cœur du vieil homme fondit. Il avait réussi à rendre son Noël magique et cela valait tout l’or du monde. Elle souriait tout en tenant plus tendrement le jouet dans ses bras. Il conclut alors :

« Peut-être que cette fée, c’est… toi, Clara ? »

Le visage de la dénommée Clara s’illumina tandis qu’elle serrait contre son cœur le jouet.

Soudain, un enfant surgit et lui arracha le jouet des mains :

« Ridicule ! Ce n’est qu’un vulgaire casse-noisette !
- Eh ! Rends-le moi ! »

Le vieil homme prit l’enfant par le col d’une main et de l’autre, rendit le casse-noisette à Clara qui le serra contre elle, indignée. L’enfant s’en alla non sans répéter une dernière fois :

« Un casse-noisette… Ridicule… »

Clara observa le casse-noisette en souriant.

Non, elle en était sûre… C’était bien plus qu’un casse-noisette.

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